La Belle Noiseuse, Divertimento

(Jacques Rivette, 1991)

 


Posté le 9.10.2020 à 10h30


 

La voix calibrée pour les emportements abrupts, la stature massive de bras qui savent parfaitement se placer, Michel Piccoli embrassait avec naturel les rôles de démiurges secrets, qui acceptent qu'on les accompagne mais à leurs conditions. La Belle Noiseuse, Divertimento est une transformation de cet aspect dominant, car imaginé par le désarmant et précautionneux Jacques Rivette.

 

BELLE-NOISEUSE-visuel

 

Piccoli devient pour lui Frenhofer, peintre en panne depuis un moment, qui replonge tout entier et sans jamais le dire, dans les affres de la création, quand la jeune Marianne devient son modèle pour reprendre un projet inachevé, une peinture, la peinture de sa vie. Au coeur de ce grand film sur l'art, le génie de Piccoli est de se poser comme un élément du tableau, le véritable peintre c'est Rivette. Cinéaste mais également homme de théâtre, il déploie un art de la mise en place essentiel pour un film sur la peinture où l'inspiration ne tient qu'à un fil, qu'à un silence. La qualité de silence de La Belle Noiseuse est remarquable, il dit tout du travail entre le peintre et sa modèle, entre la main et le pinceau. Dans cet espace d'atelier, les personnages livrent une bataille sans vraiment le savoir, et surtout sans le dire. Frenhofer tord le corps nu de Marianne pour obtenir le geste sacré à dessiner, indifférent au tempérament de la jeune femme qui met alors un point d'honneur à rester immobile, à ne pas être vaincue. Cela fait de La Belle Noiseuse un somptueux duel humain qui dépasse l'art.

 

Virginie Apiou

 

 

Icone Billet 17ACHAT ve 16 10h15 - Institut Lumière
En présence de Frédéric Bonnaud, directeur de la Cinémathèque française
Catégories : Lecture Zen